En janvier 2019, le directeur général de l’Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation des Nations Unies (FAO) a encouragé les responsables politiques et les investisseurs à promouvoir des systèmes alimentaires économes et durables, à même de fournir des aliments frais, sains et nutritifs. La consommation de poisson est un des leviers pour améliorer la qualité et la diversité dans l’assiette.

Et la FAO met en avant l’aquaponie pour produire localement plantes, poissons et autres animaux aquatiques, tout en respectant l’environnement. L’aquaponie a le vent en poupe et ça se comprend. Le concept incarne parfaitement les nouveaux modes de production que l’on recherche pour alimenter une population mondiale croissante.

L'aquaponie, solution pour une alimentation durable

Le principe : créer une symbiose (une association bénéfique aux deux parties) productive entre des plantes cultivées en hydroponie et des poissons élevés en bassins. On nourrit les poissons et leurs déjections fournissent des nutriments aux plantes qui, en prélevant ces nutriments dans l’eau, purifient l’eau des poissons. Cela est rendu possible par la troisième composante du système : les bactéries et autres micro-organismes, qui transforment les déjections des poissons en nutriments assimilables par les plantes.

En faisant circuler l’eau en circuit fermé, l’aquaponie permet d’économiser jusqu’à 90% d’eau en comparaison des fermes produisant les mêmes produits sans aquaponie. C’est aussi une méthode de production de poisson bien plus durable (moins polluante) que la pêche de masse et l’élevage en pleine mer.

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Un triple écosystème à manager

C’est donc bien un écosystème avec trois sous-systèmes qu’il faut mettre en place et faire vivre. Et c’est là que le bât blesse. Techniquement, c’est compliqué et économiquement, on n’y est pas encore pour de grandes fermes.

Tout d’abord, la culture en hydroponie nécessite de bonnes compétences techniques et beaucoup de pratique et d’observation pour mettre en place une production efficace, saine et viable. La pisciculture nécessite aussi de fortes compétences techniques, dans le domaine de la biologie aquatique pour accompagner le développement des différents lots de poissons. Combiner les deux cultures ajoute de la complexité, du fait des interactions biologiques et des différences de cycles entre les productions.

Ensuite, la plomberie est complexe en aquaponie. Il faut maintenir une circulation rapide de l’eau des poissons pour assurer une bonne oxygénation de l’eau et l’élimination des déjections qui deviennent toxiques à forte dose pour les poissons. Cette circulation rapide est incompatible avec la décantation des eaux qui permet aux boues et éléments solides de se déposer au fond. Si bien que des éléments solides viennent encrasser les filtres.

Enfin, on cherche souvent à optimiser le système pour produire un maximum sur un minimum de surface (pour des raisons de coût ou de surface disponible). On crée donc un tout petit écosystème à la limite entre la nature optimisée qui performe et le système qui menace d’exploser. L’enjeu est donc de trouver le bon équilibre dans son système.

Qui peut piloter une ferme aquaponique ?

La question de l’opérateur est centrale en aquaponie. Il faut être compétent en biologique végétale, en biologie aquatique, en chimie, en bricolage, … Sur les grandes fermes, on peut se permettre d’embaucher des spécialistes de chaque tâche, ; sur les petites fermes, on va chercher des profils polyvalents. Mais comme les moutons à cinq pattes ne courent pas les rues, le mieux est de commencer à développer le système de production par ce qu’on maîtrise le mieux et qui est le plus rémunérateur.

Dans de nombreux systèmes aquaponiques, la fertilisation issues des bassins des poissons ne suffit pas ou n’a pas le bon équilibre en nutriments pour des plantes exigeantes comme la tomate. Il y a souvent un complément et un équilibrage avec des engrais (biologiques ou non) pour apporter les bons ingrédients aux plantes. Un système hydroponique peut tout à fait fonctionner tout seul à l’amorçage du projet, puis le développement de l’aquaculture se fait progressivement, au fur et à mesure du développement de l’écosystème bactérien puis de l’arrivée des nouveaux lots de poissons, en parallèle de la montée en compétence des équipes.

Les filières innovent et se structurent

Les défis techniques sont nombreux avant que l’aquaponie devienne une évidence agricole pour le plus grand nombre, dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud.

Des entreprises se lancent chaque année pour développer de nouvelles techniques d’aquaponie (Nutreets, BIGH, Urban Farmers, AMP pour n’en citer que quelques uns en France). L’enseignement et la recherche sont mobilisés pour apporter les solutions techniques et les ressources humaines pour accompagner le développement de ces techniques. Je suis les actualités de 2 projets très intéressants :

  • Le projet APIVA (https://projetapiva.wordpress.com/) qui réunit plusieurs organismes de recherche, expérimentation et enseignement en France pour synthétiser les connaissances et faire progresser la filière grâce à plusieurs fermes pilotes.
  • Le projet Smart Aquaponics (www.smart-aquaponics.com) qui rassemble des acteurs belges et français pour développer des outils de gestion intelligents et des formations pour l’aquaponie.