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Stop au « permaculture washing » !

Permaculture par ci, permaculture par là. La permaculture est le mot magique pour créer un projet gagnant en agriculture urbaine, comme l’a été le « développement durable » et le « green washing » il y a quelques années.

La permaculture séduit les politiques qui visitent tous la Ferme du Bec Hellouin et rêvent du même univers sur leur territoire. Elle séduit les entreprises qui y trouvent une incarnation de leurs valeurs, comme Nature et Découvertes qui finance une ferme permacole à Versailles. Elle séduit les urbains qui y trouvent une image bucolique de l’agriculture rêvée, avec ses chevaux, ses maisons en toit de chaume et sa vie en harmonie avec la nature. Si vous voulez gagnez un projet en agriculture urbaine, dites que c’est de la permaculture !

Mais c’est quoi la permaculture ?

La permaculture n’est pas une technique de culture (comme peut l’être l’hydroponie). C’est une approche globale de conception d’un système de production agricole qui s’inspire du fonctionnement des écosystèmes, de l’écologie, des cycles naturels. C’est une démarche qui se base sur une observation d’un écosystème pour le transformer et le faire évoluer vers un écosystème productif, durable, résilient et économe en ressources. Au-delà d’une démarche de conception d’un espace, c’est aussi une démarche personnelle, éthique et philosophie, qui intègre le permaculteur dans l’écosystème en évolution, et par conséquent, le fait évoluer dans son mode de vie et de pensée.

Si la permaculture s’intéresse initialement aux systèmes de production agricole (« agriculture permanente »), la démarche est vite étendue à d’autres systèmes : l’aménagement du territoire, l’habitat, l’éducation, les relations…

Il s’agit dans tous les cas d’observer et de comprendre l’écosystème déjà en place, pour identifier les ressources disponibles et les limites à prendre en compte. Vient ensuite la phase de conception (design permaculturel) qui consiste à créer des relations, des liens entre les ressources disponibles pour créer un système cohérent avec ses objectifs. Enfin, la réalisation et la maintenance du système créé sur le long terme. C’est une démarche exigeante qui demande du temps et de l’engagement.

La permaculture séduit par les valeurs qu’elle incarne. L’harmonie avec la nature, le respect du rythme de l’humain, la création de lieux beaux et reposants. Elle incarne aussi la nostalgie d’un passé idéalisé, où la vie aurait été plus simple, dans une nature généreuse et nourricière.

Avec le temps et la médiatisation, la permaculture s’est vue réduite à une technique de culture sur buttes avec des associations de cultures. C’est dommage, et en même temps, ça permet de faire découvrir des principes d’agronomie à des débutants.

Des techniques qui font découvrir l’agronomie et l’agriculture durable

Quelques techniques ressortent quand on parle de permaculture, la culture en buttes et les associations de culture entre autres. Même si la permaculture ne se limite pas à ces techniques, le fait que des gens s’y intéressent et les mettent en pratique est déjà un petit pas vers des systèmes agricoles plus durables.

La culture en butte consiste à créer sur son terrain, des zones de culture surélevées (les buttes), façonnées à partir de matériaux locaux (paillage, branches, déchets de cuisines, feuilles mortes, tontes de gazon, carton, …). L’intérêt est de créer un sol plus profond que l’on ne travaille jamais en profondeur pour lui garder une bonne aération et une bonne rétention d’eau. Selon la hauteur de la butte, on peut implanter différemment les différentes plantes (les plantes qui aiment l’eau plutôt vers de bas, les plantes qui en ont peu besoin en haut). Grâce à la hauteur des buttes, on travaille plus confortablement et on ne tasse pas la terre en marchant dessus (conservation de la structure du sol). Les buttes sont couvertes d’un paillage pour, notamment, limiter l’évaporation. Il n’y a pas de forme unique de butte en permaculture : l’enjeu est que la forme et les matériaux utilisés pour la butte sont cohérents avec les ressources disponibles dans l’écosystème local. La butte de permaculture apprend ainsi au débutant les grands principes de la vie physique, chimique et biologique d’un sol, sans utilisation de pesticides et d’engrais chimiques.

Les associations de culture sont une technique très répandue dans la permaculture pour :

  • exploiter les interactions entre les plantes. Certaines plantes éloignent les insectes ou les microorganismes ravageurs d’autres plantes. Certaines associations boostent le développement des deux plantes associées, d’autres au contraires s’inhibent.
  • densifier la production : en combinant des plantes de différentes tailles, de différentes durées de production, de différentes familles, on arrive à produire plus sur des petites surfaces. Même si ça va avec un travail plus intense pour entretenir à la main toutes ces plantations.

Ainsi les associations de culture permettent d’apprendre beaucoup sur le fonctionnement des plantes, sur les ravageurs et les parasites qui les attaquent et sur la régulation biologique qui se met en place.

Séparer démarche et techniques en zone urbaine

En ville et dans des écosystèmes très dégradés, il faut arrêter de rêver à la permaculture rurale. L’approche de la permaculture ne consiste pas à coller une carte postale d’une ferme des années 1910 sur toutes les friches urbaines en s’attendant à voir débarquer de gentils paysans avec fourche, cheval et chapeau de paille. La permaculture consiste à transformer, à faire avec l’écosystème existant pour produire durablement, en faisant l’utilisation la plus efficiente des ressources locales.

Dans un contexte très urbain, construire des buttes de permaculture sur un toit peut être un non-sens. Une culture hydroponique, fertilisée avec du vermicompost produit à partir des déchets organiques du restaurant en pied d’immeuble, pourrait être plus en cohérence avec le lieu.

A l’inverse, on peut très bien utiliser des techniques de culture promues par la permaculture sans pour autant s’inscrire dans une démarche de permaculture.

Quelle rentabilité pour la permaculture ?

Les références sont assez récentes sur le sujet et encore peu nombreuses. J’y reviendrai dans un prochain article. Mais globalement, la permaculture, en tant qu’activité économique, est plus adaptée à un contexte rural dans le sens où la pression financière sera plus faible. En effet, il faut du temps pour créer un écosystème et le faire évoluer vers un objectif productif (et de rentabilité). En ville, la rareté des espaces et les charges importantes peuvent rendre le projet plus complexe, sauf si le porteur de projet a une bonne trésorerie ou un sponsor financier au démarrage du projet.

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